Aurore Bergé – La République En Marche : « La musique et le spectacle sont une priorité de notre politique »

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Aurore Bergé, députée membre de la Commission des affaires culturelles

Economie et politique sont par essence indissociables. Les secteurs du spectacle et de la musique ont besoin d’une politique et d’un cadre réglementaire qui soient avantageux, pour assurer leur pérennité, tandis que les entreprises créent de la valeur en générant des retombées économiques, fiscales et sociales. Longtemps reléguées au rang de secteurs accessoires hormis en période d’élections, les industries de la Culture progressent sur la scène politique. Aurore Bergé se démarque parmi les parlementaires en tant que Députée proactive, productive, force de proposition. Malgré le scepticisme des professionnels à la suite d’un quinquennat décevant, elle a su rapidement rassurer ces derniers en se montrant attentive à leurs attentes et bien au fait des enjeux du secteur notamment sur le partage de la valeur. Dans un entretien accordé à CULTUREBIZ, la porte-parole du groupe La République En Marche revendique une ambition politique concrète pour la musique et le spectacle. Aurore Bergé s’exprime également sur plusieurs grands sujets pour la filière musicale parmi lesquels le Centre National de la Musique, les crédits d’impôt ou encore le marché noir de la billetterie en ligne. 

CULTUREBIZ : Quel panorama dressez-vous des secteurs du spectacle et de la musique, en tant que députée ? Ces secteurs font-ils l’objet d’une attention particulière de la part des parlementaires La République En Marche ? 

Aurore Bergé : L’Education et la Culture sont deux grands chantiers du Président de la République et font l’objet de projets clés du quinquennat. Nous avons la chance d’avoir des secteurs de la musique et du spectacle qui sont extrêmement dynamiques. Ils sont essentiels notamment sur le plan du rayonnement culturel de la France et sur le plan économique. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai activement soutenu la revalorisation du budget du Bureau Export dans la loi de finances 2018. Notre défi est l’internationalisation des artistes français et une professionnalisation renforcée. A l’instar de la Culture dans sa globalité, la musique et le spectacle sont une priorité de notre politique. Le projet ambitieux de la Maison Commune de la Musique devrait être particulièrement structurant pour le secteur. La filière musicale doit d’ailleurs parvenir à avoir une parole unifiée pour être mieux entendue lors des prises de décision politiques.  

« Définir les contours concrets de la Maison Commune de la Musique en termes de missions, de budget, de gouvernance » 

Quels sont les premières grandes priorités que vous identifiez pour la mise en place du projet de la Maison Commune de la Musique dans les meilleures conditions ? 

Suite à la présentation du rapport de Roch-Olivier Maistre, c’est maintenant aux parlementaires de travailler sur une mission de préfiguration pour définir les contours concrets de la Maison Commune de la Musique. Nous devrons préciser ses missions, ses prérogatives, son budget ou encore sa gouvernance.  

L’un des impératifs absolus est que ce soit la Maison Commune de toutes les musiques. La diversité culturelle de notre pays doit y être représentée. Il ne faut pas que l’on ait l’impression que seuls quelques acteurs ou quelques esthétiques soient priorisées. 

L’autre volet important porte sur les sources de financement. Pour faire le parallèle avec le secteur du cinéma, le Centre National du Cinéma et de l’image animée est financé par différentes taxes qui lui sont réaffectées pour soutenir la création, la production, la distribution, l’exploitation et l’exportation des œuvres cinématographiques et audiovisuelles. Nous pourrions par exemple nous inspirer de ce modèle.  

La principale appréhension des professionnels du spectacle porte sur le fait que les taxes affectées au Centre National des Variétés soient la seule source de financement du Centre National de la Musique, dont il devrait être l’embryon. Des garanties quant à des sources de financement multiples et complémentaires sont attendues. Avez-vous commencé à identifier des pistes en la matière ? 

Cette question sera centrale dans la mission de préfiguration qui va être confiée aux parlementaires par la Ministre de la Culture. Je pense qu’il faut effectivement qu’il y ait un budget autonome. Nous avons bien assimilé que les acteurs de la filière musicale considèrent comme impératif l’octroi de moyens forts. Le secteur de la musique ne doit pas être le parent pauvre de la politique culturelle. 

« La montée en puissance des plateformes ne doit pas être en contradiction avec les intérêts des auteurs, des artistes-interprètes et des producteurs » 

Les professionnels du spectacle et de la musique s’accordent à dire qu’il manque une véritable ambition politique. Pensez-vous que le Gouvernement réponse pleinement à la nécessité d’une politique redynamisée vis-à-vis de la filière musicale ? 

Les choses bougent avec le lancement imminent de la mission de préfiguration. La mobilisation des parlementaires et de la Ministre de la Culture a conduit à l’augmentation du budget du Bureau Export en 2018. Compte tenu de l’importance de l’export dans l’économie de la musique, c’est un signal fort envoyé aux professionnels qui s’investissent pour faire émerger leurs artistes sur les marchés internationaux.  

Je travaille en parallèle sur un certain nombre d’enjeux de la filière musicale avec la mission d’information sur la nouvelle régulation de la communication audiovisuelle. La montée en puissance des plateformes ne doit pas être en contradiction avec les intérêts des auteurs, des artistes-interprètes et des producteurs. L’activité de ces plateformes doit être mieux régulée notamment en ce qui concerne le partage de la valeur et le financement de la création. Et la lutte contre le piratage doit être partout et tout le temps réaffirmée comme une priorité. 

 « Un début de réponse au marché noir de la billetterie en ligne peut justement être apporté par la régulation des plateformes » 

Les parlementaires ainsi que la Ministre de la Culture ont plusieurs fois exprimé la nécessité de réguler les phénomènes de concentration dans les secteurs du spectacle et de la musique. Des marges de manœuvre pour une intervention du législateur sont-elles déjà à l’étude ? 

On pourrait faire un parallèle avec les plateformes. Ces acteurs étaient de simples hébergeurs il y a quelques années mais ont progressivement préempté les contenus. Il faut adapter les règles à l’évolution du marché, qu’il s’agisse du numérique, de la musique enregistrée ou du live. La diversité culturelle est une force pour notre pays et il ne faudrait pas qu’elle soit mise à mal par des phénomènes de concentration qui deviendraient excessifs. 

 Un autre sujet préoccupant pour les professionnels du spectacle est le marché noir. Les solutions l’endiguer sont restreintes. La revente de billets sans l’autorisation des producteurs de spectacles est interdite depuis 2012 mais certaines plateformes se sont spécialisées dans de la revente, et ce à des prix excessifs. La réponse doit-elle passer par un durcissement du cadre réglementaire ? 

Je suis sensible à cette question et j’ai rencontré le PRODISS à ce sujet. Le marché noir nuit aux producteurs de spectacles et aux artistes. En plus d’être de la tromperie, parfois il s’agit même de vol pur et simple puisque certains billets vendus sont des faux. Un début de réponse peut justement être apporté par la régulation des plateformes. Les moteurs de recherche doivent déréférencer les liens vers des sites à l’activité illicite comme les plateformes qui revendent des billets sans l’autorisation des producteurs de spectacle ou de faux billets. Nous pourrions les responsabiliser en appliquant des sanctions financières si elles ne suppriment pas les contenus illicites.  

 « L’agenda parlementaire place l’évaluation dans le cadre du Projet de Loi de Finances 2019 » 

L’ensemble des crédits d’impôt dans les secteurs culturels vont faire l’objet d’une évaluation cette année. Comment allez-vous procéder à cette évaluation sur la base de données objectives ? 

Je suis convaincue des bienfaits des crédits d’impôt pour l’économie de la musique enregistrée et du spectacle et suis favorable à leur maintien. Une évaluation est en cours, c’est évidemment légitime. En moyenne, un euro investi rapporte trois euros en retombées économiques, en emploi, etc. Le Ministère de l’Economie et des Finances et le Ministère de la Culture ont à disposition ces données objectives. Tout notre travail va être de croiser ces données avec celles des professionnels. L’agenda parlementaire place cette évaluation dans le cadre des débats nous aurons sur le Projet de Loi de Finances 2019 à l’automne prochain.

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