Les titres générés par AI mis en ligne sur les plateformes chamboulent l’écosystème de la musique. Les acteurs plus ou moins majeurs du music business font progressivement connaître leurs positions respectives et évoluer leurs stratégies relatives à l’intelligence artificielle. Tidal a communiqué sa politique à l’égard de l’ “AI Music” le 29 juin, axée sur l’éthique, la transparence et le libre-choix des consommateurs et fans.

Outre les fonctionnalités et la rémunération des artistes, le positionnement sur l’intelligence artificielle pourrait bien influencer les consommateurs à choisir une plateforme de streaming plutôt qu’une autre. C’est le pari fait par Tidal, qui en matière d’AI opte pour une position strictement éthique, en convergence avec les intérêts des artistes, labels et éditeurs, et favorable aux consommateurs. “Chaque jour, Tidal reçoit un nombre impressionnant de musiques générées par AI de la part de distributeurs. La nécessité de faire évoluer notre plateforme et nos standards était évidente depuis un certain temps. Cette politique est mise en oeuvre pour fournir une excellente expérience à nos auditeurs, tout en protégeant l’authenticité et les moyens de subsistance des artistes et ayants droit” a déclaré Robert Andersen, membre du comité exécutif de Tidal.
Transparence
Les titres essentiellement générés par intelligence artificielle sont certes autorisés sur la plateforme, mais ils seront labellisés pour être signalés à l’égard des auditeurs et des fans. Tidal affirme que “les auditeurs devraient savoir quand un contenu qu’ils écoutent est généré par une AI”, et précise que les tags seront activés à partir du 15 juillet. La plateforme insiste également sur l’engagement nécessaire des distributeurs pour signaler les contenus AI en amont de leur mise en ligne, avant même qu’ils soient identifiés comme tels.
Démonétisation des titres AI
La principale annonce faite par Tidal porte sur la démonétisation des titres et contenus générés par intelligence artificielle. “La priorité de Tidal est de garantir que les royalties soient reversés aux créateurs humains qui de manière directe écrivent, composent et interprètent des oeuvres originales. Nous ne verserons donc pas de royalties à de la musique que nous identifions comme essentiellement générée par AI”.
Un choix en continuité avec l’ambition première de la plateforme d’octroyer une juste rémunération aux artistes, mise en avant depuis son lancement en 2015 avec entre autres Jay Z parmi les actionnaires. Sur Tidal, la valeur générée par la consommation des titres des artistes, labels et éditeurs de musique ne sera donc pas captée par des créateurs de contenus AI.
Prévenir et endiguer la captation des streams des artistes populaires
L’éthique est l’autre axe majeur de la politique de Tidal à l’égard de l’AI Music. La plateforme consolide sa lutte contre la fraude à deux niveaux. D’abord en matière de contrefaçon : Tidal n’autorise pas la mise en ligne de contenus AI plagiant l’identité, la voix et la musique des artistes, ou même ceux nuisant à leur identité.
Une réponse directe à de récents contentieux, notamment entre l’artiste britannique Jorja Smith et le label Unique Vibes, qu’elle accuse d’avoir cloné sa voix pour le titre “I run” sorti fin 2025. Le morceau totalise actuellement 200 millions de streams sur Spotify et 18 millions sur YouTube, et Jorja Smith a via son label FAMM (distribué par Because Music) entamé des procédures pour percevoir une partie des royalties générés par les écoutes.
Tidal interdit également la mise en ligne de contenus ayant vocation à capter l’audience des artistes à l’origine d’oeuvres originales. Une mesure visant particulièrement à protéger les artistes les plus streamés, et donc à garantir aux majors et labels indépendants prééminents que leurs revenus ne seront pas diminués par des contenus AI particulièrement similaires à leurs artistes et ciblant les mêmes fans et superfans.
L’annonce de Tidal a eu un retentissement conséquent, au point d’être son post le plus viral de l’année 2026 sur les social media. Plusieurs artistes et labels indépendants ont salué l’initiative, et des auditeurs ont fait savoir que cette position à l’égard de l’AI music était un argument de poids pour souscrire à un abonnement ou pour rester abonnés. Reste à savoir si cette position strictement éthique contribuera réellement à faire croître les abonnés de Tidal, qui reste fidèle à son branding de plateforme de streaming à contre-courant des marques les plus populaires, à l’instar de Spotify et YouTube.
Jason Moreau, Executive Editor, MUSICBIZ

