Universal Music : le fonds Pershing Square se désengage après le refus de son offre de rachat valorisant la major à 64 Md$

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Universal Music concentre toutes les attentions en ce moment. D’abord celle du grand public, avec le contentieux initié par Drake après le diss-track ‘Not like us’ de Kendrick Lamar, et la question du départ de l’artiste, en fin de contrat. Également, celle des acteurs du music business quant aux orientations sur le streaming et l’AI, suite à l’accord avec Spotify pour la réalisation de covers et remix de titres d’artistes et auteurs signés chez UMG. Et enfin, dans le monde de la finance, depuis le rapport de force avec Bill Ackman, dont le fonds Pershing Square était devenu un des actionnaires majeurs en 2021. La maison-mère de nombreuses superstars dont Taylor Swift, The Weeknd, Lady Gaga ou encore Kendrick Lamar vient d’annoncer le rachat d’une partie de ses actions auprès de Pershing Square. Une opération qui survient une semaine après que la major ait formellement décliné une offre de rachat pour un montant de 64 milliards de dollars.

Lucian Grainge, Chairman & CEO d’UMG, lors de l’introduction en Bourse en 2021.
© Photo : Lester Cohen

Universal Music still has 99 problems, but Bill Ackman doesn’t seem to be one anymore… À l’annonce d’UMG le 3 juin, c’est assurément ce qu’ont pensé les insiders et investisseurs du music business fans de Jay-Z, auteur de la célèbre punchline “I got 99 problems but a bitch ain’t one”. Cinq ans après être entré au capital du leader mondial sur le marché de la musique enregistrée avec le fonds Pershing Square, Bill Ackman accélère sa prise de distance, avec la revente de ses parts. Un désengagement qui intervient après un rapport de force rendu officiel depuis un an et demi, qui bien que reposant sur des motifs purement financiers, avait démarré sur fond de tensions géopolitiques.

Transfert d’Universal Music à la bourse de New York

En novembre 2024, profitant des affrontements à Amsterdam entre supporters de football israéliens et hollandais, l’entrepreneur Bill Ackman avait fait part de son projet de transférer Universal Music (cotée à la Bourse d’Amsterdam avec un siège social aux Pays-Bas) aux États-Unis, avec une cotation au New York Stock Exchange ou au Nasdaq. L’homme d’affaires, qui possédait 3 milliards d’euros d’actions UMG (4%), avait notamment déclaré que les actions de l’entreprise étaient achetées et vendues à des montants dévalués, précisément parce qu’étant basées hors des US.

Après une première revente d’une partie de ses actions UMG en mars 2025 (nécessaire pour une relocalisation aux US), Bill Ackman avait déclaré que le repositionnement d’Universal Music à la bourse de New York serait “extrêmement bénéfique à l’entreprise”.

Une offre de 55 milliards € rejetée par UMG, après l’opposition de plusieurs actionnaires dont le groupe Bolloré

Des actionnaires d’Universal Music étant défavorables à la sortie de la Bourse d’Amsterdam, Bill Ackman avait alors quitté le conseil d’administration en juillet 2025. L’homme d’affaires américain, dont le groupe est le 4ème actionnaire de l’entreprise, était ensuite revenu à la charge début 2026, en cohérence avec son intention de finaliser le repositionnement d’UMG. Une offre de rachat de l’ensemble des activités et actifs d’Universal Music avait alors été adressée en bonne et due forme début avril, pour un montant valorisant UMG à 55 milliards d’euros (64 milliards de dollars).

Cette proposition avait d’office été jugée largement insuffisante par un certain nombre d’actionnaires, dont le groupe Bolloré (possédant 18.4% du capital UMG, s’ajoutant aux 12% de Vivendi). L’offre avait en parallèle été jugée peu attractive en raison de sa nature (cash-and-stock). Il ne s’agissait pas d’une offre cash, les actionnaires auraient en partie rémunérés avec des actions d’UMG aux US. Cyrille Bolloré, Chairman & CEO du groupe Bolloré, aurait d’ailleurs exprimé son hostilité lors de l’Assemblée générale de la multinationale, qualifiant l’offre comme étant avec “l’argent de l’entreprise”, d’après Reuters.

L’offre a dans la foulée été refusée par Universal Music le 29 mai. Le Board d’UMG a déclaré avoir décliné à l’unanimité “l’offre non sollicitée” de Pershing Square. La proposition de Bill Ackman a été considérée comme “n’étant pas la meilleure pour les intérêts des actionnaires, des artistes, des auteurs, des employés et des investisseurs”. Le communiqué d’Universal Music précise que l’offre en question sous-valorisait l’entreprise et n’apporterait pas de valeur ajoutée.

Universal Music réaffirme sa confiance en sa stratégie et ses orientations

Le conseil d’administration d’Universal Music, présidé par Sherry Lansing, a réaffirmé le leadership de l’entreprise sur le marché mondial de la musique enregistrée, et assuré de sa confiance envers Lucian Grainge et son équipe de dirigeants.

“Nous sommes pleinement engagés à être leaders de l’industrie en attirant les meilleurs talents du monde entier, à accroître l’engagement des fans et à impulser l’innovation. Nous déployons notre stratégie et apportons de la valeur sur le long terme et sommes enthousiastes à l’idée de donner aux actionnaires et investisseurs des retours conséquents sur les facteurs de nos performances et la direction future de nos activités” a déclaré Lucian Grainge, Chairman & CEO d’Universal Music.

La réaction de Bill Ackman ne s’est pas faite attendre. Le fonds Pershing Square a entamé un désengagement au sein du capital d’Universal Music avec la vente de ses actions (1.3 milliard d’euros), d’après une information rapportée par Bloomberg le 3 juin.

UMG a confirmé le 4 juin un rachat de 14 millions d’actions, sur les 80 millions détenues par Pershing Square, pour un montant de 250 millions d’euros, et ce sur la base de 17.66€ par action. Pour l’heure, la vente des 66 millions d’actions restant en possession du groupe dirigé par Bill Ackman n’est pas encore confirmée.

Début avril 2026, quelques jours avant la réception de l’offre de Bill Ackman, Universal Music a annoncé un plan de rachat de ses actions pour un montant de 500 millions d’euros. Le rachat des actions détenues par Pershing Square n’a pas été financé avec ce budget, qui a en partie permis de capter des actions distinctes, pour un montant de 147 millions d’euros. L’opération afférente aux actions du groupe de Bill Ackman a été financée via un autre plan de rachat, de 500 millions d’euros également.

Reste à savoir si les actions d’UMG encore en vente seront rachetées par des actionnaires actuels ou par de nouveaux investisseurs.


Jason Moreau, Executive Editor, MUSICBIZ

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