Les règles du top albums France consolidées pour davantage d’équité entre les artistes et entre les labels

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2025 a comme chaque année été portée par les performances des artistes made in France dans les charts du marché français. Divers artistes ont rythmé l’actualité avec leurs nouveaux albums et titres: des têtes d’affiche comme Gims (Play Two) et Jul (Believe) ainsi que des révélations et artistes en développement à l’instar de Théodora (Universal Music France), Bouss (Believe) ou encore Luiza (Wagram). Certains albums ont enregistré des démarrages remarquables en première semaine, notamment Jul (123 000 ventes pour ‘D&P à vie’), Damso (56 000 ventes pour ‘Beyah’), ou encore Aya Nakamura (38 000 ventes pour ‘Destinée’). Néanmoins, comme décrypté par MUSICBIZ, plusieurs artistes prééminents ont nettement bénéficié de stratégies marketing habiles déployées par leurs labels, en particulier le “bundle CD/vinyle + place de concert », afin de booster leurs ventes en première semaine. Pour une meilleure équité entre les artistes et leurs labels respectifs, entre autres raisons, de nouvelles règles ont été mises en place par le Syndicat National de l’Édition Phonographique (Snep), qui détient jusqu’à présent l’exclusivité quant à la réalisation et la communication des classements officiels du marché français de la musique enregistrée.

En 2026, les labels et leurs partenaires devront être toujours plus innovants dans les stratégies marketing mises en oeuvre pour booster les ventes en première semaine des albums. Les artistes devront quant à eux être plus investis, au-delà de l’artistique, pour faire croître leurs audiences et développer les superfans. Les règles du marché français se durcissent avec de nouvelles conditions pour la certification des ventes et streams des albums. “Les règles de comptabilisation des ventes de musique évoluent pour refléter les évolutions de marché et renforcer la robustesse des classements“ a annoncé le Snep fin décembre 2025. Les objectifs majeurs, bien que n’ayant pas été explicitement présentés comme tels, consistent à encadrer les pratiques des labels, à endiguer les formes de concurrence déloyale entre les artistes, au-delà de l’intention de consolider la pertinence des chiffres de vente des albums.

Ventes artificiellement gonflées en 1ère semaine

Les quatre nouvelles règles sont donc axées sur sur le “pack CD/vinyle + place de concert », sur le prix des albums et le nombre acheté par chaque consommateur, et sur le nombre de titres comptabilisés pour un même album. Pour les offres groupées album + place de concert (bundle), les labels et leurs partenaires doivent désormais proposer chaque article séparément. Une modalité qui vise à ne plus permettre que les chiffres en première semaine des albums soient artificiellement gonflés, précisément parce que l’album aura systématiquement été mis en vente dans un package avec une place de concert, donc sans possibilité pour les consommateurs d’acheter uniquement un CD/vinyle.

Ces derniers mois, un certain nombre de critiques ont été émises sur les réseaux sociaux et en particulier sur X (Twitter) par les consommateurs et fans, les chiffres “anormalement“ élevés de certains artistes étant jugés comme faussés et comme n’illustrant pas le démarrage réel de leurs albums.

Grâce à la stratégie de bundle, Jul (Believe) a réalisé le meilleur démarrage de l’année 2025 à deux reprises avec ‘D&P à vie’ (123 000 ventes) et ‘TP sur TP’ (134 000 ventes). Même technique marketing pour l’album ‘Destinée’ d’Aya Nakamura (Warner Music France) sorti fin novembre, avec 38 000 ventes en première semaine, dont 80% en physique et 20% en streaming. Une répartition entre physique et streaming incontestablement anormale pour les artistes affiliés aux genres rap, R&B et afro, dont les publics respectifs écoutent majoritairement les albums sur les plateformes de streaming.

Pour Jul, l’objectif premier était évidemment de faire la meilleure semaine possible en capitalisant sur les concerts. Mais l’artiste aux innombrables succès et records bénéficie d’une fanbase très engagée et réalise depuis un certain nombre d’années des démarrages particulièrement importants. En revanche, pour Aya Nakamura, le pack album + place de concert était surtout la garantie d’un nombre de ventes conséquent en première semaine, d’abord pour la communication autour de l’artiste qui doit être alignée avec son statut de superstar, de même que pour susciter l’engouement du grand public. L’artiste a à cette occasion réalisé le meilleur démarrage de sa carrière. Pour autant, les ventes de l’album ‘Destinée’ d’Aya Nakamura sont passées de 38 000 à 7 000 la 2ème semaine puis à 4 000 en 3ème semaine.

Outre la vente séparée de l’album et de la place de concert, le nombre maximum de CD/vinyles pouvant être achetés par un même consommateur est réduit de cinq à trois. Et le prix plancher pour chaque album a été relevé de 3.30 euros hors taxes à 7 euros durant les 18 premiers mois d’exploitation.

Limitation des titres et tracklists pour un même album

L’autre principale nouvelle règle porte sur la limitation du nombre de titres comptabilisés dans un même album et du nombre des tracklists différentes. Dorénavant, les artistes et leurs labels ne peuvent plus sortir un nombre illimité de rééditions et de titres inédits pour un même album afin d’en relancer les ventes. À tout le moins, ils pourront le faire mais les ventes ne seront alors plus comptabilisées et certifiées.

Cette stratégie a particulièrement été employée par Gims en 2025, dont le dernier album est le plus grand succès de l’année avec 580 000 ventes. À l’origine, ‘Le nord se souvient’ (Play Two) était un EP de sept titres, auxquels huit titres inédits ont été ajoutés dans une première réédition sortie trois mois après, en décembre 2024. À présent, après une ultime réédition en novembre 2025, la version finale de l’album comporte huit inédits sur 18 titres, dont les hits ‘Parisienne’ et’Appelle ta copine’ qui ont massivement marqué l’été 2025, ‘Tu me rends bête’ en feat. avec Damso et ‘Air force blanche’ ft. Jul. Quatre titres qui faisaient partie de l’EP ont été retirés.

L’annonce des nouvelles règles a suscité de nombreux commentaires par les consommateurs et fans de musique, en particulier celle concernant les bundles CD/vinyle + place de concert et celle relative au nombre de titres et tracklists. Beaucoup voient cette démarche de régulation du marché par le Snep (syndicat représentant les filiales françaises d’Universal Music, Sony Music et Warner Music et comptant une centaine de labels adhérents mais aucun des principaux indépendants) comme un moyen de lutter contre les abus de certains artistes et labels, comme une avancée permettant de mettre tous les artistes à égalité, et comme un renforcement des intérêts des consommateurs de musique.

Les labels, en particulier les indépendants, n’ont pas encore fait de déclarations concernant ces nouvelles règles, ni à titre individuel ni via leurs organisations. Il y aurait pourtant beaucoup à en dire, nonobstant l’effet indéniable qu’auront ces nouvelles règles de consolider l’équité entre les artistes et entre les labels sur le marché français de la musique enregistrée.

Jason Moreau, Executive Editor, MUSICBIZ

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