Rachida Dati réitère ses engagements sur l’intelligence artificielle, l’accès à la culture et l’emploi des artistes, pour son dernier discours en tant que ministre

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Le discours prononcé par Rachida Dati à l’occasion des voeux aux acteurs culturels le 29 janvier a sans surprise fait office de bilan quant à son action depuis son arrivée rue de Valois en janvier 2024. Pour autant, la musique a été relativement peu évoquée par la ministre de la Culture, candidate à la mairie de Paris, dont le départ du gouvernement sera très bientôt effectif. Plusieurs organisations du secteur de la musique ont récemment critiqué le manque de présence et d’engagement de Rachida Dati, la jugeant au contraire pleinement mobilisée dans la campagne pour Paris. Reste à savoir si une ultime prise de parole de Rachida Dati devant les acteurs et représentants de la filière musicale aura lieu dans les prochains jours au Midem à Cannes (4-7 février), ou aux Victoires de la musique (13 février).

“La musique est le parent pauvre de la politique culturelle“. Cette phrase, souvent prononcée par les acteurs de la filière musicale en période de campagne électorale, est une des rares positions faisant l’unanimité parmi les dirigeants et professionnels de la musique. Le discours de Rachida Dati à destination des acteurs culturels a rappelé la véracité de cette phrase, en s’inscrivant dans la continuité de ceux et de celles ayant occupé le poste de ministre de la Culture au cours des dix voire quinze dernières années.

La musique a été mentionnée une seule fois, pour mettre en valeur la contribution des industries culturelles à l’économie de la France. “Le dernier panorama des industries culturelles et créatives donne des chiffres éloquent: 100 milliards d’euros de chiffre d’affaires et près de 600 000 emplois directs, soit le 3ème secteur économique du pays avec des secteurs où nous sommes reconnus parmi les meilleurs au monde comme la musique“ a déclaré la ministre. Les artistes ont également été brièvement évoqués.

Soutenir et impulser l’emploi des artistes

À la différence de ses prédécesseurs, Rachida Dati a tout de même été plus offensive dans ses déclarations, martelant des engagements majeurs qu’elle revendique depuis sa nomination, en convergence avec les intérêts des secteurs de la Culture et plus spécifiquement du music business. Le discours de la ministre de la Culture était axé sur l’accès à la culture, l’intelligence artificielle et plus globalement la souveraineté, ainsi que l’emploi des artistes.

Rachida Dati a de prime abord insisté sur le “besoin de culture des français“ et sur le rôle prééminent des artistes pour justifier la nécessité d’une politique culturelle engagée et ambitieuse: “Ce sont les artistes qui permettent l’accès à la culture dans la ruralité et les quartiers populaires, et le ministère doit les accompagner et les soutenir“. La ministre a salué la prolongation du dispositif Fonpeps (Fonds national pour l’emploi dans le spectacle), et revendiqué s’être mobilisée pour sa pérennité. “Je crois à ce dispositif et me suis battue pour qu’il soit maintenu, il le sera malgré le contexte budgétaire que nous connaissons. Nous assouplirons l’aide à l’emploi artistique“.

Transparence et rémunération des ayants droit

L’intelligence artificielle a sans surprise été particulièrement évoquée par la ministre de la Culture, qui a évidemment réaffirmé son attachement au concept de l’exception culturelle française, racine du droit d’auteur, des droits voisins des artistes et producteurs, et plus globalement de la politique culturelle en France. “Quand on a la chance de disposer d’un tel modèle, on a une immense responsabilité de le préserver face aux bouleversements technologiques, géopolitiques et face à nos tiraillements“.

Selon Rachida Dati, “l’avènement de l’intelligence artificielle pose la question de la transparence sur l’utilisation des oeuvres, et de la transparence découle l’effectivité du droit d’auteur et de la rémunération des ayants droit“. Une position en parfaite convergence avec celle des dirigeants des organismes de gestion collective en charge des droits des créateurs, éditeurs, producteurs et artistes-interprètes.

La ministre a notamment mis en évidence sa mobilisation pour faciliter les échanges avec les plateformes et solutions du secteur de l’intelligence artificielle, par le biais de la concertation mise en place au printemps 2025, ou encore le Sommet pour l’action sur l’intelligence artificielle organisé à Paris en février 2025, évènement lors duquel la politique de régulation des plateformes menée par l’Union Européenne avait littéralement été fustigé par le Vice-Président de US, J.D Vance. “Quand je suis arrivée au ministère, la bataille était mal engagée et ma première action a été de tout mettre en oeuvre pour préserver le droit d’auteur et sa rémunération. Pour la première fois, lors du sommet international sur l’IA, la culture a eu toute sa place“. Rachida Dati a également réitéré son souhait de “défendre le droit d’auteur y compris par voie législative“, tout en soulignant que “la bataille se mène aussi à l’échelle européenne“.

Relégation de la musique parmi les priorités

Au-delà des déclarations symboliques, ce discours de la ministre soulève la question de la relégation du secteur de la musique parmi les priorités du ministère de la Culture et plus globalement du gouvernement. Rachida Dati s’est dite préoccupée par le financement du secteur du cinéma via le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). “Je me bats contre les velléités de plafonner les taxes affectées du CNC. Le cinéma français montre sa force, sa créativité et son attractivité“.

Rachida Dati n’a en revanche pas eu la même attention à l’égard de la musique, à un moment où le financement des missions du Centre national de la musique est fragilisé, en raison du plafond relativement stricte de la taxe sur la billetterie que la haute administration de Bercy (ministère de l’Économie) et les parlementaires et ont refusé de supprimer, et du manque de rendement de la taxe streaming, entre autres causes. Preuve ultime du manque de considération à l’égard du secteur de la musique, malgré la proximité de Rachida Dati avec plusieurs artistes: l’absence du Président du Centre national de la musique (Jean-Baptiste Gourdin) aux côtés de la ministre durant son discours, alors que son homologue du cinéma (Gaëtan Bruel) était présent.

Jason Moreau, Executive Editor, MUSICBIZ

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